Rappel :
Les plantes utilisant
des fleurs et des graines pour se reproduire, appartiennent à l'embranchement
des phanérogames. Les fleurs possèdent des organes
mâle (androcée) et femelle (gynécée).
L'androcée comprend les étamines, au bout desquelles
on trouve une partie globuleuse appelée anthère. C'est
dans l'anthère que se forment les grains de pollen.
Lorsque la plante arrive à maturation, ce dernier s'ouvre et les
grains de pollen sont libérés. La gynécée
ou
pistil
désigne l'ensemble des pièces femelles dela fleur. A l'extrémité
du pistil, se trouve le
stigmate, lieu de la germination
des grains de pollen.
A la lumière de ce rappel, nous allons pouvoir tenter la germination des fleurs de Pinguicula"weser". Nous avons de la chance car elles sont auto-fécondables. La difficulté va par contre être d'identifier les organes sexuels mâle (anthère) et femelle (stigmate) de la fleur. Ils se trouvent au niveau de la "petite languette", située en haut et à l'entrée de la fleur. Les sacs à pollen (anthère) se trouvent au niveau de la face postérieure de la "petite languette", tandis que le stigmate est au niveau de la face antérieure.
Schémas d'une fleur de pinguicula en coupe avec disposition des organes sexuels selon plusieurs auteurs
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Attention, le schéma selon Baffay & co ne présente pas une coupe transversale stricte, ce qui demande un effort d'imagination pour bien se représenter la position des organes sexuels. Le schéma de Lecoufle présente, selon moi, une erreur. En effet, les organes sexuels ont été placés au niveau du "plancher de la fleur". Inversement, les nombreux cils qui donnent un aspect duveteux à la fleur et qu'on voit normalement "au plancher" ont été situés au "plafond". Le schéma de Lecoufle doit donc être regardé à l'envers. J'ai redessiné la coupe de la fleur de pinguicula, tel qu'elle devrait l'être (schéma 4).
Lorqu'une fleur s'ouvre,
les organes sexuels sont rarement pret à assurer leur fonction.
Ils ont encore besoin de quelques jours pour terminer leur maturation.
Inversement, si on attend trop, ils peuvent perdre leur "pouvoir reproducteur".
Donc la pollinisation doit être réalisée sur des fleurs
ni trop jeunes, ni trop vieilles. Et encore, chez certaines plantes, les
organes sexuels n'arrivent pas à maturation en même temps
: les stigmates arrivent à maturation, alors que le pollen a perdu
toute efficacité. Pour Pinguicula x "Weser", le moment idéal
pour commencer la pollinisation serait aux alentours du 7ème jour
de floraison.
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Tout
d'abord, il faut se munir d'un ustensile long et de petit calibre. Celui-ci
va être utilisé pour recueillir les grains de pollen.
Certain utilise un pinceau car le pollen se colle sur ses poils. N'ayant
pas de pinceau assez fin, j'ai utilisé en remplacement un petit
morceau de fibre de coco prélevé sur mon balai, mais un cure-dent
fait aussi bien l'affaire.
La "petite languette"est localisée sur la photo par un cercle noir. |
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| Il faut donc réussir à soulever la "petite languette" car derrière se trouve les précieux sacs à pollen (portés par les étamines). On chatouille la fleur, jusqu'à ce que le pollen, d'une couleur jaune, vienne se fixer sur la fibre de coco. | ||
| Il faut ensuite
le déposer sur le devant de la languette, où se trouve les
organes femelles (stigmate).
La languette peut être la même ou celle d'une fleur (auto-pollinisation),
voir celle d'une autre plante (pollinisation croisée). Une autre
technique consiste tout simplement à enfoncer la fibre dans la fleur
et à la tourner sur elle-même plusieurs fois.
Afin d'augmenter les chances de réussite, il faut répéter l'expérience plusieurs jours de suite. |
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| Une fois fécondée, la fleur n'a plus raison d'être et les pétales tombent. Ce processus peut prendre plusieurs jours (2 à 3 semaines). Pendant ce temps, l'ovaire grossit et se transforme en capsule de graines. Ce n'est que lorsque les pétales seront complètement tombés, que celle-ci sera bien visible. Dans mon cas, sur les 8 fleurs que j'ai pollinisé, je n'ai obtenu que 4 capsules. Leur taille varie beaucoup mais habituellement, plus elles sont grosses et plus cela signifie qu'il y a de graines à l'intérieur. | ||
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La capsule, d'abord verte, va perdre ses couleurs jusqu'à devenir brune, signe de maturité. Ce processus s'étale sur plusieurs semaines (3 pour mon cas), voire jusqu'à 1 mois. Le moment est alors venu de récolter les capsules. J'ai coupé les tiges florales et laissé les capsules sécher sur un papier propre pendant 1 semaine. Ensuite, je les ai ouvertes délicatement en essayant de ne pas toucher les graines avec les doigts. Alors miracle, c'est l'averse. Comme vous pouvez le voir, elles sont nombreuses et très petites. Cela n'a pas été le cas pour toutes les capsules, 1 était vide et 1 autre était peu remplis. |
Trois conseils
:
- Interdiction de
tousser (ou d'éternuer) pendant l'opération;
- Ouvrir les capsules
au dessus d'une feuille et non pas comme je l'ai fait, sur une table sans
protection;
- Ne pas trop attendre
avant de récolter les capsules car si elles s'ouvrent toute seule
(une fente apparaît peu de temps avant l'ouverture), les précieuses
graines risquent de se répandre partout et il sera alors impossible
de les récupérer.
Une fois les graines recueillies, 3 solutions s'offrent à vous :
š›š›
Pour en savoir
plus, demandons l'avis d'un spécialiste : Eric Partrat, webmaster
de A World of Pinguicula
texte
réalisé d'après les réponses d'E Partrat sur
la ML des
Plantes Carnivores.
Quels instruments utilisez vous pour polliniser les fleurs ?
"Si l'on veut polliniser plusieurs espèces de fleurs différentes (P "weser", P gracilis, etc.), il faut veiller à utiliser plusieurs pinceaux, fibres de coco ou cure-dents différents. En effet, s'il reste des grains de pollen (invisibles à l'oeil nu) sur les poils du pinceau, et que celui-ci est utilisé pour polliniser une fleur d'une espèce différente, on peut obtenir un hybride non désiré. La solution idéale serait d'utiliser un seul instrument par espèce et de le jeter lorsque l'opération est terminée. Cependant à la longue cela peut revenir cher, c'est pourquoi j'ai abandonné l'usage du pinceau au profit des cure-dents : ils sont peu onéreux et à usage unique."
Pourquoi l'auto-pollinisation ne fonctionne-t-elle pas avec toutes les Pinguicula Mexicaines ?
"Certaines plantes
sont steriles. Par exemple, P. moranensis caudata est stérile mâle
mais son ovaire par contre peut être utilisé. Attention, je
parle de stérilité du clone répandu en culture, pas
des P. moranensis dans la nature. Il y a d'autres plantes concernées,
comme peut être : P. gypsicola et P.esseriana. Le problème
vient du fait qu'on ne dispose que d'un même clone à des milliers
d'exemplaires.
D'après le
Dr Laurent Legendre, certaines plantes auraient perdu leur besoin de se
multiplier par graines suite à des in-vitro itératives. La
plante rejetterait ainsi son propre pollen pour éviter un appauvrissement
génétique. En effet, pourquoi se fatiguer à produire
des graines si on se multiplie tout seul ? Néanmoins, il est possible
de détourner cette difficulté, comme l'a fait le Dr Legendre
: il prenait un peu de pollen d'une autre espèce (un rien) puis
fécondait selon la méthode du cure-dents. La petite quantité
de pollen suffisait à initier la pollinisation et l'auto-pollinisation.
Il fallait bien sur après, sélectionner les plantules, pour
éliminer les hybrides possibles".
Quels sont les Pinguicula auto-fécondables ?
- La plupart des
Pinguicula tempérées sont auto-fécondables.
- P. sharpii pour
les Mexicaines.